C’était le soir, j’ai décidé d’aller manger quelque part. Je suis allé à la vieille ville, je me suis retrouvé dans un restaurant « Magia ». J’ai été le seul client. Je me sentais mal à l’aise parce que si je n’avais rien commandé, l’équipe aurait pu aller à la maison plus tôt. J’ai commandé un steak. Puis je suis allé faire une promenade. La ville était vide. J’ai pensé que je me suis retrouvé à un désert.
L’entretien avec Arnon Grunberg, écrivain néerlandais de New York qui est venu à Lublin dans le cadre du projet citybooks.

Pour quelle raison on vous a expulsé du lycée
Je voulais être acteur, je suis venu à la conclusion que je n’avais besoin aucun certificat d’études secondaires. J’ai quitté l’école tout simplement. J’étais un adolescent difficile.

Qu’est-ce que cela veut dire?
Je savais tout mieux que mes professeurs.

D’où l’idée de devenir acteur ?
Je regardais beaucoup de films avec Chaplin auxquels mon père m’emmenait. J’ai été fasciné par la profession d’acteur dans le cinéma muet. J’ai tenté de passer les examens à l’école de théâtre mais j’ai échoué.

Et vous êtes devenu fonctionnaire ?
Je travaillais dans l’édition « Yellow Pages » pour ensuite devenir éditeur moi-même. J’étais toujours à la recherche de quelque chose de nouveau. Finalement j’ai commencé à écrire des scénarios.

Et des livres. Sur quoi traite le livre « Lundis bleus » ? Et pourquoi les lundis sont bleus?
Un lundi bleu c’est un jour quand tu commences à faire quelque chose et tu ne le finis pas. Quand il arrive un lundi bleu, tu as le droit d’avoir un travail inachevé et un enthousiasme de courte durée.

Espérons pas trop souvent ?
Le moins sera le mieux. Si tu as trop de lundis bleus, tu perds la vie définitivement.

« Lundis bleus » a remporté le succès. Pourquoi avez-vous décidé d’écrire un autre roman sous un pseudonyme ?
Je l’ai fait en écrivant le quatrième livre. J’ai déjà eu un nom de marque comme Arnon Grunberg, je voulais vérifier comment se vendrait mon livre sous le pseudonyme.

Et quel était le résultat du test ?
Il s’est vendu splendidement. J’ai remporté le prix pour le début la deuxième fois. J’ai dû admettre à mon nom.

Le sujet du livre?
Un étudiant qui étudie la philosophie et croit qu’il a le pénis le plus petit dans le monde.

En Pologne on parle fortement sur votre pièce « Notre pape » ?
En 2007 je suis venu voir Krystyna Meissner, le directeur du Théâtre Contemporain à Wrocław. J’ai reçu une proposition d’écrire une pièce de théâtre. J’ai passé un mois à Wrocław. J’ai parlé avec beaucoup de gens. Beaucoup d’entre eux racontaient de Karol Wojtyla bien que je n’aie pas posé la question sur le pape. Je l’ai écrite. Malgré le fait que la pièce a été commandée, le théâtre ne l’a pas présentée. On ne l’a pas aimée. J’ai écrit une pièce sur la façon dont les Polonais voient le pape et la foi. Quand j’étais à Wrocław, deux ans ont passé depuis la mort du pape. Ils racontaient comment le pape est tombé malade, comment il souffrait, comment il mourrait. Je ne voulais pas écrire une pièce sur le pape, je voulais écrire une pièce sur la Pologne.

Est-ce que Krystyna Meisser a justifié la décision du rejet de la pièce ?
Oui, j’au reçu une lettre officielle. Elle a écrit que le début était très bon mais la fin comprend des stéréotypes où je me moquais de la foi des Polonais.

Quelle est la fin de la pièce « Notre pape »
La pièce se termine en prison. C’est une scène d’un prisonnier fou qui se prend pour le nouveau pape.

Vous avez écrit sur votre blog sur des négociations quant à la présentation de la pièce controversée. Qui a relevé le défi ?
Je suis après les premières discussions avec Witold Mazurkiewicz de « Kompania Teatr ». Les négociations sont en cours. J’attends à une réponse définitive. La pièce est prête. Si tout se passe bien la première sera en octobre.

Vous êtes venu à Lublin dans le Madre du projet de citybooks. Avez-vous entendu avant de notre ville ?
Pas du tout, rien. Je suis descendu de l’avion à l’aéroport Okęcie, j’ai pris un taxi à la gare, j’ai pris le train à Lublin. Il faisait de plus en plus sombre.

Le premier jour à Lublin ?
Je me suis annoncé à l’hôtel. C’était le soir, j’ai décidé d’aller en ville et de manger quelque chose. Je suis allé à la vieille ville. Je me suis retrouvé dans un restaurant « Magia ». J’ai été le seul client. Je me sentais mal à l’aise parce que si je n’avais rien commandé, l’équipe aurait pu aller à la maison plus tôt. J’ai commandé un steak. Puis je suis allé faire une promenade. La ville était vide. J’ai pensé que je me suis retrouvé à un désert. Il y avait beaucoup mieux dans la lumière du jour. Il y a des personnes.

Sur le blog vous écrivez sur votre faiblesse pour les serveuses. Pourquoi sont-elles importantes ?
Quand j’entre dans un restaurant dans une ville étranger, c’est la première personne avec qui je communique. Il y a quelque chose de très érotique dans les serveuses. Peut-être ce qui t’attire c’est la combinaison de l’uniforme et de la bonne nourriture ? Je suis également intrigué par les serveurs qui se comportent comme s’ils étaient le chef et toi, tu les servais.

Dans le carnet rempli de notes vous prenez aussi un numéro d’une serveuse de Lublin ?
Je voulais prendre mais j’ai une petite amie à moi. Je n’ai pas osé à demander un numéro.

A Lublin, vous avez été intrigué par Dom Kata (Maison du bourreau)
Oui, parce que je cherchais des endroits exceptionnels. J’étais dans la rue Długosza mais personne ne pouvait m’indiquer cet endroit. Dommage. J’ai bien aimé le trompettiste qui interprétait une mélodie traditionnelle et qui jouait de l’hôtel de ville. Je suis allé au château où j’ai rencontré plus de gardiens et de service d’entretien que des visiteurs. La chapelle avec des fresques byzantines a fait une grande impression sur moi. Je prenais aussi des trolleybus.

Vous avez pris aussi le trolleybus en direction de Majdanek. Quelle était votre réaction ?
Un lieu vide encore une fois. Le fait le plus choquant était d’y aller en passant les maisons, les immeubles et tout d’un coup tout s’arrête et il y a une place où de nombreux Juifs ont été tués. Avec des baraques, des souvenirs, de la documentation. J’aime le fait que l’on n’a pas réaménagé la surface de Majdanek à tout prix. Tout était comme il était. A la mémoire.

Il y a de nombreux voyages d’étrangers à Majdanek. Y compris des jeunes Juifs d’Israël. Ils se comportent différemment. Tout d’abord ils restent débout dans la réflexion puis ils sont capables de démolir une chambre d’hôtel. Comment l’expliquez-vous ?
C’est la même chose que les excès des hooligans de football.

Et comment expliquez-vous l’antisémitisme des habitants de Lublin. Une bombe fausse devant l’appartement de Tomasz Pietrasiewicz, directeur d’Ośrodek Brama Grodzka – Teatr NN, une étoile de David pendue au gibet et dessinée sur les bâtiments et les clôtures, des commentaires antisémites sur les forums web de la presse de Lublin. D’où tant de haine envers les Juifs ?
Je suis très surpris. Ca m’étonne. Je ne peux pas faire un commentaire là-dessus.

Vous quittez Lublin avec...?
Je prends son morceau dans mon cœur. Je pourrais y vivre plus longtemps.

Arnon Grunberg
né le 22 février 1971 à Amsterdam, appelé l’enfant prodige de la littérature néerlandaise. Malgré son jeune âge, il s’est fait connaître avec succès en Europe et dans le monde, ses livres ont été publiés dans les 20 pays.

Projet citybooks
Il a une longue tradition européenne, il est réalisé sous différentes formes par une organisation flamande Vlaams-Nederlands Huis de Buren (de la forme ancienne à la radio par des enregistrements CD jusqu’à la forme actuelle des médias sur la base d’une grande plateforme d’internet). Il consiste à promouvoir de petites villes mais qui, selon les organisateurs, ont du potentiel évident dans le domaine culturel et social. Ces villes vont alors exister dans la conscience européenne grâce à un « livre de la ville » à travers sa spécificité du climat, de la culture et du potentiel humain. Lubin a invité au projet les écrivains : Andrzej Stasiuk, Mauro Pawlowski, Witold Szabłowski , Arnon Grunberg et Maud Vanhauwaert, cinéaste Piotr Miłkowski et photographe Maciej Rukasz. Leurs œuvres font partie du « livre de la ville » situé sur la plateforme internet du projet citybooks.

Source: Waldemar Sulisz, Dziennik Wschodni, le 11 mars 2012