J’aime ce dragon. Un entretien avec Andrzej Stasiuk (extraits)

Andrzej Stasiuk, auteur de „En allant à Bagdad”, il écrit sur Lublin dans le cadre du projet citybooks.
Le texte sera traduit en quatre langues et sera publié sur Internet. Qu’est-ce que Stasiuk écrit ?
Nous ne le savons pas encore. Il raconte à Sylwia Hejno sur se promenades dans la rue Zamojska,
sur la nostalgie pour les villes d’est, sur le fait pourquoi il est bon que Lublin n’est pas devenue la
Capitale Européenne de la Culture.

Vous vivez à Lublin depuis presque deux semaines. Qu’est ce-que que voyez derrière la fenêtre ?

Les visages de mon enfance. J’ai grandi dans le quartier Praga à Varsovie. Je vois les pauvres, les gens
de cinquante ans accablés par la vie. J’ai même soutenu un de ces gens. Il avait l’air si mauvais que je
suis allé vers lui en disant : « Et alors, vous avez besoin de quelque chose ? ». Lui : « Putain, bien sûr,
beaucoup ». Je lui ai donné un peu d’argent et il était ravi qu’un ange seul soit venu à lui, à sa porte.
Et quand j’allais à Varsovie il y a quelques jours, trois mendiantes m’ont attrapé à la gare, d’une
manière discrète et tranquille.

(…) Vous pouvez décrire certaines villes d’une manière brutale

Et je le fais avec une grande joie. Quand par exemple Cracovie qui est si pleine d’auto-extase avec
une horrible classe moyenne. Ils se comportent comme ceux qui ne sont jamais partis et ils ne savent
pas qu’il y a un million de ville comme Cracovie. Alors je mets la pointe au milieu du cul de cette
bagarre. Cracovie c’est Cracovie, une simple ville de l’Europe centrale, aussi sale et plein de merdes
des pigeons comme d’autres villes. Lublin n’a pas un égo si vaste. Il est plus facile de la chercher à
prendre, de la toucher.

(…) Lublin a perdu la bataille pour le titre de la Capitale Européenne de la Culture. C’est bien ou
mal ?

O Jésus, c’est très bien, on ne vous fera pas d’honte. Vous auriez ressenti un coup momentané de
l’argent grâce au titre la capitale de la culture, mais ce que signifie à vrai dire ce titre ? Ensuite tous
les experts et les artistes partent et ce qui reste ce sont les mêmes ampoules cassées, les mêmes
commerçants au marché juif et un homme âgé qui marche dans la rue en boitant un peu. C’est
un cas qui dure des secondes, qui ne dit rien ou bien ça signifie que les fonctionnaires se font une
claque. Il me semble qu’à la fin nous restons toujours seuls et nous devons nous confronter avec
notre manque d’européanisme, avec le fait de vivre à l’est, avec ce qui nous frappe et en même
temps ce qui est le plus important car cela constitue notre identité. Que Wrocław ait ce titre.
J’aimais follement cette ville à l’époque pour sa modestie et son mépris de l’est et de l’ouest. Mais
il y a environ cinq, six ans, elle a complètement changé, comme dans le cas de Cracovie. Il y a une
croyance que Wrocław est la meilleure ville, que c’est presque comme Berlin, ils ont fait la même
fontaine que dans celle-ci, les gens ont rendu fous, tu ne discuteras pas dans la rue.

Source : Sylwia Hejno, Kurier Lubelski, le 3 décembre 2011