Waldemar Sulisz parle avec Andrzej Stasiuk – écrivain, co-propriétaire de l’édition « Czarne ».
(Extraits) (…)

Qu’est ce-que vous avez appris de votre père ?

-Quelque chose de très important. J’ai eu toujours des problèmes avec mon père. Je m’enfuyais de la
maison, je ne voulais pas vivre comme lui, suivre le même chemin. A travers la brume des souvenirs,
j’ai vu qu’au cours de 50 ans il partait au travail le matin et il revenait toujours. Au moment où j’ai
devenu un homme mûr, j’ai réalisé qu’il avait été un vrai mec. Il n’y a rien d’extraordinaire d’aller
dans le cosmos, l’essentiel est de revenir tous les jours à la maison, indépendamment de ce qui se
passe à la maison, si c’est dur ou bien si c’est difficile. C’est ça ce que j’ai appris. Etre un homme.

Et de votre maman ?

-Ma maman est comme un oiseau. J’ai appris l’art de la narration car elle est une femme très
intelligente.

Comment vous parlez aujourd’hui avec votre père ?

-Maintenant, c’est lui qui parle sans cesse. Ils sont âgés, ils ont plus que quatre-vingts ans. On ne
les interrompt pas. Je demande au père de raconter ce qui se passait à la campagne à l’époque. Il
répond par les monologues, ma mère parle encore. (…)

Maintenant vous vivez à Wołowiec et vous avez construit un atelier à vous-même dans le grenier à
blé.

C’est une chaumière qui a été déplacée. J’y passe le temps. Je dis à ma famille : Je vais au travail.
Comme mon père. Comme quelque chose est une source de confusion, tu sors de la cabane, tu vois
le givre sur les arbres, voilà comment on vit. Dans le silence. Tu regardes comme le soleil se lève
dans le silence. Mes moutons viennent, une petite cloche à leur cou sonne. Ce regard est comme la
médiation et la prière. Le miracle. Le miracle sans cesse.

Vous vivez avec une femme depuis plus de vingt ans. Etes-vous toujours amoureux d’elle ?

-Le fait que je suis amoureux d’elle ce n’est que demi-mal. Mais ce qui est un miracle ce qu’elle me
supporte encore. Et qu’est-ce qui est étrange dans le fait d’être avec une seule femme pendant plus
de vingt ans ? Pas une seconde, je n’avais aucun doute que cela aurait pu être autrement. Je sais qu’il
y a un temps quand les gens vivent ensemble en faisant un essai ou bien ils passent une soixantaine
et ils prennent une jeune fille en espérant une bonne réussite. Et cela ne va pas. (…)

Qu’est-ce qui est important dans la vie ?

-La foi, l’espérance et l’amour. (…)

Source : Dziennik Wschodni, le 20 novembre 2011