Au début de mon séjour à Chartres je regardais d’un œil critique la cathédrale locale : qu’elle était trop grande, qu’elle accablait, qu’il y avait plus de touristes que des fidèles. Tout cela, c’est tout à fait vrai mais ce n’est pas la faute de la cathédrale. Donc aujourd’hui, en tant que vieux résident- si vieux car je finis mon séjour à Chartres, je voudrais officiellement rétracter mes doutes, répondre par des aboiements. Je ne sais pas du tout si je devais le faire par la voix du york, du petit bouledogue français ou du pit-bull – ce sont les races préférées « des indigènes », mais de toute façon : ouaf, ouaf !
Gilles Fresson m’a aidé à comprendre la cathédrale. J’étais presque deux heures avec lui devant le Portique Royal et il m’enseigné la signification de cette porte symbolique qui se formait dans l’encyclopédie de l’Europe médiévale. Quelle fierté remplissait les habitants de Chartres durant des siècles puisque même durant la révolution française destructible et désacralisée la cathédrale a été sauvée d’une grande destruction. C’est vrai qu’elle est devenue le Temple de la Raison pour un moment mais sans renverser des statues (de la majorité d’eux) et sans traîner dehors des corps des cryptes.
Peut-être parce que l’esprit du temple de la raison s’envolait au-dessus de la ville depuis le début du Moyen Age lorsque l’école locale rivalisait efficacement avec celle de Paris et des professeurs universitaires de Chartres pouvaient faire des choses mal propres comme le fait d’inviter les rabbins à la discussion sur l’Ancien Testament. Et même si je passe la place des Epars chaque jour où tourne un manège aujourd’hui et où la guillotine coupait les têtes révolutionnaires à l’époque, je ne peux pas résister à l’impression que la cathédrale le faisait pour répondre à l’esprit de l’époque que pour répondre aux besoins intérieurs des habitants de Chartres. Ces derniers étaient habitués depuis des centaines d’années au fait que la cathédrale, jetant l’ombre sur l’ensemble de la ville et visible de presque tous les coins comme un sacré Palais de la Culture, leur assure des postes d’emploi. Ils l’aiment toujours et ils vivent dans la certitude que le nombril de l’Europe s’y trouve.

Mais à part des tours lancés vers le ciel, Chartres a ses propres particularités. Je les ai retrouvées à l’hôpital Hôtel Dieu grâce à la politesse et la curiosité des employés du département administratif. Puisque je ne parle pas français et les Français ne parlent pas généralement le latin moderne c’est-à-dire anglais, notre excursion comptait plus de cinq personnes, en cas d’urgence. L’employé technique de l’hôpital nous a montré les couloirs sombres et plein de poussières des passages souterrains non utilisés par l’hôpital. Lars von Trier crèverait de la jalousie car c’est là que l’action du « Royaume » se passe ! Cela a duré assez longtemps que je ne pouvais pas résister à l’impression que les habitants ont leur deuxième Chartres mais alternative qui se trouve dans les caves de l’Hôtel Dieu, préparés juste comme ça, au cas où – avec les mêmes rues étroites, la cuisine fermée et même avec des chapelles oubliées qui pourraient remplacer la cathédrale. Quand j’ai montré les photos de cette excursion à Anne, la propriétaire de ma maison, elle a été surprise du fait que quelques pas plus loin il y avait des merveilles qu’aucun habitant de Chartres ne visite. Un touriste japonais non plus !